Ça s'est passé le 27 juin 2016:

Crédit Photo "L'Orient Le Jour"

La Chambre de Commerce Franco-Libanaise a organisé une conférence à Paris, dont M. Nicolas Sarkis, conseiller pétrolier de plusieurs pays et sociétés pétrolières, a été le principal intervenant.

Le sujet de la conférence : "Pétrole et Gaz naturel au Liban : les potentialités, les chances et les risques".


"La Troisième Voix pour le Liban" est convaincue que c'est un des sujets les plus importants pour le Liban, peut-être pas dans l'immédiat à cause de la situation sécuritaire, quoique, mais certainement pour son proche avenir.
La 3V s'est donc intéressée à cette conférence pour permettre à ses membres de comprendre cet enjeu autant politique qu'économique et de poser des questions auxquelles M. Sarkis s'est empressé de répondre autant elles étaient pertinentes...

 

1- Quelle est la commission de régulation compétente en matière de Pétrole et de Gaz Naturel au Liban pour l'exploitation de A à Z de ces matières premières ? qui est responsable, qui est décisionnaire et les attributions et responsabilités de chacun sont-elles clairement définies ?
Nicolas Sarkis : La gestion et la gouvernance de tout ce qui touche au pétrole et au gaz naturel au Liban relèvent de la compétence du ministère de l'Energie et de l'Eau, ainsi que de la Lebanese Petroleum Administration (LPA) ou هيئة ادارة قطاع البترول, créée en décembre 2012 et placée sous l'autorité du ministre compétent dudit ministère.
Elle est dirigée par un conseil d'administration de 6 membres qui représentent les six principales communautés religieuses du pays et sa présidence est assurée à tour de rôle, chaque année, par l'un des six membres. Ses compétences couvrent pratiquement tous les domaines, y compris la régulation au sens strict du terme, à quoi s'ajoutent les questions juridiques, techniques, économiques, d'engineering, de sécurité, d'environnent, de conseil, etc...Ce fourre-tout la fait ressembler à un paravent ou une espèce de coupe-feu pour l'action du ministre de tutelle, sans oublier la contradiction entre ses différentes fonctions, dont notamment la régulation et le reste.

 

2- A-t-on mis en place un comité indépendant de contrôle et de surveillance et comment est assurée la transparence en matière de décisions, d'investissement et de gestion des recettes ? L'accès du public à l'information est-il par exemple garanti ? et dans l'affirmative, comment ?

N.S. : Il n'y a pas de comité de contrôle et de surveillance, tandis que la transparence est pratiquement inexistante, y compris dans l'attribution des contrats comme ceux pour les relevés sismiques qui ont été faits sans appel d'offres et pour lesquels la part revenant à l'Etat de la vente des résultats de ces relevés et estimée à près de 35 millions de dollars, a été gardée secrète.
L'opacité est également totale pour ce qui est de certains textes législatifs d'une importance cruciale, dont notamment le projet de décret d'application relatif au modèle d'accords exploration/production à signer avec les sociétés internationales.

 

3- L'aspect environnemental est-il pris concrètement en considération? et comment ? N.S. : Il y a bien au sein de la LPA un "département qualité, sécurité, et environnement", mais personne ne sait au juste ce qu'il fait ou compte faire sur le plan concret.

 

4- Où en est-on en terme d'appels d'offres pour l'exploitation, la distribution etc... ? et si une compagnie pétrolière est choisie, le cahier des charges est-il uniquement de son ressort ou l'est-il également de celui du gouvernement libanais ?

N.S. : Une pré-qualification a été annoncée en 2013 de 46 sociétés, dont deux sont fictives ou des coquilles vides créées pour les besoins de la cause, déclarées aptes à obtenir des droits d'exploration/production. En cas d'approbation du projet de décret indiqué ci-dessus, la LPA et son ministre de tutelle pourraient lancer un appel d'offres et négocier des accords sujets à l'approbation du gouvernement.

 

5 - Les plateformes en mer sont hautement risquées pour la faune et la flore marines et de telles constructions qui sont trop coûteuses et dangereuses ont été bloquées par les pays occidentaux ; quel est la position du Liban à ce propos ?

N.S. : Pour éviter les énormes dangers des opérations de forage et de production en mer, le Liban n'a pas d'autre choix que de coopérer avec une société étrangère suffisamment compétente.

 

6- Ne doit-on pas reporter, voire geler, l'exploitation du Pétrole et du Gaz Naturel au Liban en raison d'une situation politique et sécuritaire précaire ? Est-ce que pour faire face à la situation économique du Liban, cette exploitation est-elle justifiée ?

N.S. : En l'état actuel des choses, les risques et les dangers d'un démarrage des activités pétrolières et gazières ne résident pas seulement dans la situation sécuritaire, mais surtout dans les graves anomalies du règime d'exploitation prévu, dans le manque de transparence et dans la mouhassassa et la "commissionite" aigüe qui se manifestent déjà, y compris à l'occasion des contrats relatifs aux relevés sismiques, et ce, avant même la découverte de pétrole et de gaz naturel!...

 

7- En quoi les nouveaux développements concernant un "déblocage" éventuel dans les différends politiques internes pourraient-ils changer la donne actuelle et sortir la question du pétrole et du gaz de l'impasse qui dure depuis près de trois ans?
N. S.  : Il va de soi que tout ce qui est de nature à aider à surmonter les obstacles sur la voie d'un lancement rapide de l'exploration-production est le bienvenu, qu'il s'agisse de ce qu'on appelle rivalités ou conflits entre des personnes ou des forces politiques, ou du règlement du litige sur la délimitation frontalière en mer avec Israël ou, enfin, des projets d'exportation de gaz par Israël et Chypre vers la Turquie et l'Europe, etc..
Il n'en reste pas moins que tous ces problèmes n'ont rien à faire avec les conditions du régime d'exploitation qui engagera le Liban dans des accords de plusieurs dëcennies avec des sociétés internationales, et dont dépendra le niveau de nos revenus et notre capacité à orienter cette industrie dans un sens conforme aux intérêts nationaux. C'est pourquoi, et pour le moins qu'on puisse dire, il n'est pas normal qu'on demande au gouvernement qu'il approuve des projets de décrets, donc un régime d'exploitation, gardés secrets et qui, pire encore vont à l'encontre des dispositions de la loi de 2010, en matière notamment de participation directe de l'Etat à l'exploitation de ses ressources naturelles et de contrôle étroit et direct de cette exploitation.   En fait, le danger israélien surtout est utilisé comme épouvantail pour détourner l'attention des Libanais bien loin des exigences de la transparence indispensable au sujet des conditions du régime d'exploitation hautement préjudiciable proposé par des textes auxquels les Libanais n'ont pas accès!...

Pétrole et Gaz Naturel au Liban - Les potentialités, les chances et les risques - par Nicolas Sarkis - (Exposé présenté à la Chambre de Commerce Franco-Libanaise, Paris, le 27 juin 2016)
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