La Sécurité Alimentaire au Liban:

Problèmes et Solutions

 

 

Un des problèmes qui domine l’actualité au Liban, est celui de l'élimination des déchets et de la contamination qui en résulte. Toutefois, cette question avec toutes ses conséquences dangereuses ne devrait pas occulter le problème de la sécurité alimentaire qui, progressivement, n’est plus la priorité de nos agences de presse locales.

 

LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE AU LIBAN : PAR OÙ COMMENCER ?

Dans l’état actuel des choses, la sûreté alimentaire au Liban présente plusieurs faiblesses :

  • Import/export 
  • Inspection insuffisante 
  • Peu de coordination entre divers secteurs 
  • Restriction de budget 
  • Science et Recherche
  • Education du consommateur
  • La santé publique
  • Capacités 
  • Equipements
  • Manque de suivi

 

Contaminants alimentaires, mauvaises hygiènes, absence de collaboration efficace au niveau des autorités responsables, manque de suivi au niveau des problèmes relevés et bien d’autres problèmes, affectent la santé du consommateur. Un projet de contrôle alimentaire solide avec surtout un suivi sérieux, serait une initiative fortement espérée et une urgence nationale, qui a été jusque-là largement négligée.

 

  1. Définition de la sécurité alimentaire :
  • Elle renvoie aux individus, aux institutions, aux ménages, à l’approvisionnement alimentaire national et international
  • Elle tient compte de la  quantité, qualité et distribution des produits alimentaires
  • Elle inclut les aspects sociaux, culturels, sanitaires et techniques de la nourriture
  • Elle respecte l’intégrité organoleptique des aliments

 

    2. Les contaminants alimentaires sont nombreux et de         différentes natures. Signalons juste quelques-uns :

  • Contaminants microbiologiques: viraux, bactériens et fongiques
  • Contaminants chimiques: métaux lourds, colorants et pesticides                                          
  • Contaminants biochimiques: produits vétérinaires hormones, antibiotiques,  cortisones. Ces contaminants sont donnés aux animaux qui par la suite les transmettent à l’homme

 

Des bactéries comme l’Escherichia Coli, Salmonella, Streptococcies sont recherchées dans les aliments et dans l’eau. Ainsi l’ « EC » est considérée comme indice d’hygiène. Sa présence met en évidence la présence probable d’autres Bactéries pathogènes et surtout une contamination fécale. Au Liban, les  nappes sous terraines sont contaminées. Si la source est ainsi contaminée, les secteurs publics doivent impérativement collaborer pour aboutir à un contrôle efficace et un suivi absolu.

Dans les aliments, les micro-organismes totaux sont en général dénommés “micro-organismes aérobies” et parfois “germes aérobies mésophiles”.

Bien que certaines des espèces ne soient pas dangereuses pour la santé, leur détection en nombre important traduit une altération du produit et donc que les bonnes pratiques de fabrication ou de conservation n'ont pas été respectées. Pour l’homme ces espèces sont pathogènes par virulence et multiplication de germes ou par production de toxines.

 

Cette altération est due entre autres, aux facteurs suivants :

  • Contact avec du matériel et des ustensiles mal lavés ou mal désinfectés
  • Manipulation des denrées avec des mains sales
  • Une cuisson insuffisante
  • Un refroidissement trop lent avant conservation
  • Une température de conservation trop élevée ou trop longue

 

Suivant que le produit est cru ou cuit, qu’il est destiné à être consommé cru ou cuit, le nombre maximal de germes toléré est différent. Ces germes doivent être recherchés dans la majorité des aliments. Prenons par exemple la  Salmonella chez le poulet, elle est pathogène à l’homme et peut être transmise dans les œufs par mauvaise manipulation ou pénétration à travers la coque. D’où la recommandation de ne pas laver les œufs avant de les stocker afin de préserver la couche de cire protectrice. En fait, une gestion inadéquate des aliments constitue une source majeure dans la contamination du lait.

Néanmoins, les contaminants chimiques qui sont plus dangereux sont toujours presque négligés. Conservateurs, additifs, pesticides sont des produits introduits volontairement. Leurs effets cumulatifs à long terme altèrent la santé et causent des maladies incurables. Plomb, Cobalt, Etain, Mercure sont  introduits involontairement. Ils sont présents dans les poissons et autres fruits de mer et  contaminent les régions productrices par des déchets industriels. A ce jour, ces contaminants chimiques sont toujours inconnus par le consommateur et leur présence reste non soulevée par les autorités concernées. Par exemple le mercure déversé dans la mer par des usines ou par des procédés illégaux de pêche fait plusieurs morts ou créent des handicaps à vie.  Sur la base de ces données, si la présence de  pesticides, mycotoxines ou de métaux lourds dans l’alimentation animale, ne peut être totalement exclue en raison des processus de production, de stockage ou de transformation des matières premières, leur niveau doit cependant être le plus faible possible afin de limiter leur nocivité et d’éviter les crises.

L’utilisation de protéines animales transformées dans l’alimentation des animaux, fait, quant à elle, l’objet d’une interdiction stricte, à l’exception des protéines de lait et des farines de poisson pour l’aquaculture. Des contrôles élargis ainsi qu’une mutualisation des analyses permet de réaliser des contrôles de présence de substances indésirables sur un nombre d’échantillons plus élevé et d’accroître la pression de contrôle.

 

 

Compte tenu du contexte de la sécurité alimentaire, l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) a pour but de :

  • Protéger la santé des consommateurs et de garantir des pratiques équitables dans le commerce des denrées alimentaires
  • Établir des normes alimentaires réunies en un code (le Codex)

 

Tout aliment conforme aux normes décidées par des membres du Codex alimentaire est considéré un aliment de qualité. Au niveau national, le codex libanais existe mais le HACCP (Hazard Analysis, Critical Control Points) n’est pas appliqué là où il le faut afin d’analyser les risques et les points critiques pour bien les maîtriser.

Une question s’impose : l’application du HACCP au Liban est-elle une loi ou juste une recommandation?

 

Actuellement, un grand nombre d’entreprises alimentaires ne l’applique toujours pas. Le risque est donc à ce niveau trop élevé ! Sur la base de ce concept, à tout niveau de CCP (critical control point) les mesures de correction ou d’arrêt de production sont possibles. Ceci permet à l’entreprise d’éviter des pertes énormes au cas où  la production d’un produit non conforme est poursuivie. Le HACCP garantit ainsi au consommateur un produit conforme du point de vue organoleptique et hygiénique.

 

Les problèmes au niveau national qui mènent à un système vulnérable :

  • Insuffisance généralisée et constante d’eau courante et potable indispensable à l’hygiène, à la santé et à la comestibilité des aliments
  • Persévérance d’une crise des infrastructures logistiques de conservation, de distribution, de transformation et de consommation des réserves alimentaires
  • Problèmes environnementaux et techniques comme sources de détérioration rapide et accélérée de la qualité nutritionnelle des denrées alimentaires
  • Absence de suivi continu, efficace et structuré

 

QUI FAIT QUOI ? OÙ ? ET COMMENT ? 

Le Contrôle gouvernemental devrait être une mission et un engagement afin de combattre et de prévenir l’insécurité alimentaire. Le gouvernement devrait participer à l'élaboration de textes en matière de nutrition. Il doit aussi établir un bilan de contrôles des résidus de pesticides dans les productions végétales dans les secteurs suivants :

·         La surveillance de la contamination des denrées d’origine végétale

·         La qualité et la sécurité des produits finis

·        La présence de substances indésirables dans l’alimentation animale notamment   les protéines animales transformées qui est à ce niveau-là très dangereuse

·         Les matériaux et les objets destinés au contact des denrées alimentaires

·         La contamination par les nitrates de certaines denrées alimentaires

·         La contamination des denrées alimentaires par les mycotoxines

·         La contamination  des denrées alimentaires par les métaux lourds et l’arsenic

·         Les contrôles renforcés à l’importation de denrées alimentaires

·                      ·         Les contrôles sur l’alimentation animale

·         L’alimentation animale : Contamination en dioxines des matières grasses

·         La surveillance attentive des emballages alimentaires

 

Afin  d’assurer la maîtrise du risque alimentaire, il appartient à l’administration de définir "les règles du jeu" et de vérifier qu’elles sont bien respectées. Le suivi est de rigueur. Les ministères doivent  exercer conjointement cette mission : Agriculture, Consommation et Santé.

 

Un comité national de coordination de la salubrité, qui se charge de la législation et de la réglementation, existe au Liban. Il regroupe des représentants de tous les ministères concernés et devrait s’occuper de toutes les questions concernant le contrôle de la sécurité  alimentaire. Il est ainsi chargé de réviser la législation et de l’harmoniser avec les normes européennes et les exigences de  l’OMS. Idéalement, ce comité national devrait être également impliqué dans l’établissement de normes, mais c’est actuellement un organe séparé qui s’en charge.  L’application des législations et  leur suivi garantissent une sécurité alimentaire non sujette aux changements politiques et aux priorités des gouvernements.

 

Adopter des attitudes responsables vis-à-vis de la sécurité alimentaire, commence par soi-même. A qui est donc la faute ? Les importateurs et leur conscience ? Les commerçants ? L’État et les autorités compétentes ?

Un contrôle devrait être envisagé « De la fourche à la fourchette » pour une protection sans défaut.

 

Malheureusement au Liban et au niveau administratif, le contrôle par étape est défaillant :

  • Absence de contrôle continu sur les traitements appliqués aux animaux notamment par rapport aux hormones ingérées qui est d’une grande importance pour la sécurité alimentaire
  • Absence de contrôle contenu au niveau de l’abattage
  • Absence de contrôle continu au niveau de la transformation
  • Absence de contrôle continu au niveau du transport

 

 Un manque d’enchaînement des ministères au niveau du contrôle pour un suivi bien appliqué à long terme, est flagrant. Des lois de protection en faveur de la sécurité alimentaire ont commencé à être appliquées mais une coordination efficace est impérative, afin de renforcer et redynamiser les structures nationales au service de la sécurité alimentaire. Ainsi, il ne faut jamais négliger la source, car si celle-ci n’est pas conforme, tous les efforts et les résultats obtenus seront perdus.

 

Le rôle des médias et la communication des données scientifiques sont primordiaux pour mettre en pratique et aider le consommateur dans ses choix. Dernièrement, les Aflatoxines ont fait la une des médias, mais aucune spécification sur la nature des épices et ou des graines contaminées n’a été détaillée. Est-ce que cette contamination est due au processus d’importation, à un mauvais stockage ou c’est le commerçant qui est à incriminer ? Qui porte donc la responsabilité première ? Cette affaire est d’une importance primordiale vue la gravité des répercutions sur la santé du consommateur.

 

 

MAIS OÙ EN SOMMES-NOUS EN TERME DE SUIVI ?   

Revenons à la campagne qui a bouleversé le secteur de la restauration au Liban et qui a relevé le point     de la non-conformité alimentaire. Est-ce la responsabilité des établissements privés ou alors est-ce dû   à la source des matières premières ?

 

Certes, les efforts menés sont d’une importance primordiale pour la sécurité alimentaire et sont à valoriser, mais pour compléter cette étape, il est important de ne pas passer à côté du suivi et de la coordination de plusieurs secteurs responsables.  Des études (en annexe) ont été menées en 2004 et en 2008 sur la présence de micro-organismes et sur la nécessité d’entreprendre des mesures hygiéniques urgentes. Ces études sont restées longtemps dans le noir, aujourd’hui des mesures sont en progression pour mettre le doigt sur quelques bases solides qui peuvent garantir une alimentation saine et salubre. Le point le plus important à relever, c’est le fait de préciser si ces études seront placées dans un système de suivi permanent indépendamment du cadre politique qui gouverne la conscience des responsables.

 

 En résumé, notre pays accuse un déficit alimentaire structurel. Sans revenir sur la liste exhaustive, la disponibilité, l’accès, l’utilisation, la sécurité et la stabilité alimentaire mènent à une alimentation culturellement acceptable et adéquate sur le plan nutritionnel. Une collecte continue des indicateurs liés au système de protection, des informations et des données à travers un système de suivi coordonné, est notre seule garantie pour aboutir à une sécurité alimentaire renforcée.

Un système alimentaire durable aboutit à une autonomie et à une justice alimentaires longtemps recherchées.

 

 

Nada Assaf Slaibi, Nutritioniste

Pour « La Troisième Voix pour le Liban »

 

 

 

Facebook Group page: 

facebook.com/groups/La3emvoix/

 

Facebook Fan page: 

https://www.facebook.com/3VLebanon

 

 

 @3VLebanon

https://twitter.com/3VLebanon

Version imprimable Version imprimable | Plan du site Recommander ce site Recommander ce site
© La Troisième Voix pour le Liban - 2017 - Tous droits réservés